Le 11/9, au-delà des apparences

par Richard Falk pour The Journal, le 9 novembre 2008

Traduit et mis en ligne par ReOpen911.info, le 22 novembre 2008

Richard A. Falk est professeur émérite de droit international à l'université de Princeton, et a été nommé par deux fois aux Nations Unies pour des fonctions concernant les territoires palestiniens. [Il est aussi le Président de l'association Nuclear Age Peace Foundation - Fondation pour la paix à l'âge du nucléaire - NdT]

La discussion sur les très sérieux doutes qui persistent à propos des attentats du World Trade Center a été ostensiblement absente de la campagne présidentielle américaine. Cependant, tant que ces incertitudes existeront, l'image de l'Amérique en sera entachée aux yeux du monde.

De temps à autre, les doutes sur la réalité des attentats du 11/9 refont surface. Récemment, l'occasion en a été donnée par la publication du rapport sur l'effondrement du Bâtiment 7 [Voir l'article de ReOpen911 à ce propos - NdT]. Toute personne s'intéressant de près aux événements du 11/9 connaît les multiples incohérences entre la version officielle, et ce qui s'est réellement passé en ce jour fatidique de 2001. David Ray Griffin et d'autres ont analysé et étudié ces divergences de façon si objective et convaincante qu'il faut faire preuve d'une ignorance délibérée pour continuer de croire que le débat sur le 11/9 est clos et que le public a mieux à faire avec les problèmes d'actualité.

Accepter une telle vision revient, dans le meilleur des cas, à approuver l'irresponsabilité d'un gouvernement qui cherche à esquiver en laissant ces divergences inexpliquées. Dans de telles circonstances, ce n'est pas de la paranoïa que de présumer que les élites de l'actuel gouvernement américain ont des choses à cacher et beaucoup à expliquer. Le “Mouvement pour la Vérité sur le 9/11” n'est pas parvenu à construire une contre-narration convaincante, c'est à dire, une version alternative des événements qui déterminerait dans quelle mesure les attaques ont été le résultat de l'incompétence, de l'inaction délibérée, ou même de la complicité pure et simple.

Pour que la démocratie fonctionne, il faut que les citoyens ne s'abstiennent jamais de chercher des réponses aux questions les plus difficiles. Ici, l'enjeu est énorme. Ce n'est pas seulement la mémoire de ceux qui ont été tués ou ont disparu dans les attaques, mais aussi le façonnement d'un climat dans l'opinion, qui a mené à des guerres internationales et qui a conduit à la négation des droits sous prétexte de "sécurité du territoire" et de lutte contre le terrorisme. C'est aussi un profond défi à la légitimité d'une gouvernance qui est accusée d'avoir laissé commettre de tels crimes, ou d'avoir aidé et encouragé leur perpétration et par la suite leur maquillage.

On peut se demander si ce n'est pas seulement l'expression d'une curiosité morbide pour les non-Américains, que d'insister sur cette question de la découverte de la vérité sur le 11/9. Ma réponse est que ce qui se passe aux États-Unis a souvent des répercussions mondiales, et encore plus dans le cas présent. Les États-Unis sont véritablement le premier pays à l'aura planétaire dans l'histoire, avec une présence militaire mondiale sur plus de 700 bases outre-mer, une marine sur tous les océans, et la domination militaire de l'espace.

Le bon côté de l'influence des États-Unis a été révélé récemment par le sentiment des peuples du monde entier, comme quoi l'élection de Barack Obama en tant que nouveau Président américain était un événement mondial, et pas simplement une élection nationale. Mais ce qui devrait être évident, c'est que l'épreuve du 11/9 a été invoquée pour justifier des guerres sanglantes en Irak et en Afghanistan, et pour légitimer une désastreuse "guerre contre le terrorisme" ce qui devrait être la préoccupation de tous les habitants de cette planète.

De ce point de vue, et compte tenu des sombres nuages de doute qui planent sur la version officielle du 11/9, pourquoi est-ce que la question n'a même pas été abordée durant les nombreux mois de la campagne présidentielle ? Autant que je sache, elle n'a même pas été mentionnée. Et l'explication n'est pas liée à l'urgence de l'expansion de la crise économique ou de l'intérêt tactique des démocrates à ne pas froisser les républicains dans leur recherche de soutien à travers tous les partis. La vérité est plus profonde, et beaucoup plus inquiétante.

Pour autant que je puisse en juger, l'explication réelle est une crainte largement partagée que certaines forces obscures, cachées "sous les rochers", pourraient ressortir d'une enquête complète et honnête sur le 11/9. Depuis les assassinats dans les années 60 de John F. Kennedy, Martin Luther King et Malcolm X, une puissante campagne a été menée contre les "théories de la conspiration" qui fait que quiconque ose remettre en question l'histoire officielle est considéré comme un dingue ou une sorte de déséquilibré fauteur de troubles. Dans ce climat, tout homme politique candidat à de hautes fonctions qui oserait soulever des doutes sur la version officielle du 11/9 serait immédiatement catalogué comme inapte, et perdrait toute crédibilité politique. Il est impossible de concourir dans une arène publique aux États-Unis si on se présente comme un "sceptique sur le 9/11".

Quelques présentateurs de talk-show, citoyens engagés ou éditeurs alimentent suffisamment la petite flamme de la controverse pour maintenir un collège important et croissant de personnes partageant le point de vue selon lequel la vérité sur le 11 Septembre n'est pas encore connue, ou plus radicalement, que la vérité est connue, mais fait l'objet d'une répression active. Ces sceptiques sont déterminés à poursuivre leur difficile quête de la vérité, ce qui pourrait éventuellement aboutir à des révélations à ce point dramatiques qu'elles amèneront la question sur la scène publique – là où est sa vraie place.

La persistance de l'incapacité à résoudre cette controverse fondamentale autour du 11/9 entache de manière subtile la légitimité du gouvernement américain. Elle ne peut être soulevée que par une volonté, même tardive, de reconstruire la vérité sur cette journée, et de révéler l'histoire de sa négation prolongée. Ce que serait exactement cette vérité est certainement inconnu à ce jour, et il est même possible qu'un effort honnête de collaboration n'élimine jamais totalement les doutes. Mais cet effort honnête est pourtant ce qui doit être demandé dans le monde entier, par toutes les personnes de bonne volonté.